La santé des migrants et réfugiés plus mauvaise que celle des populations locales

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La Presse

Publié à 9h00 - JANIE GOSSELIN - LA PRESSE
« Les réfugiés et les migrants connaissent souvent des résultats de santé bien pires que les populations d’accueil, aggravés par leur situation vulnérable et leurs mauvais déterminants de santé », écrivent la vice-directrice générale de l’OMS Zsuzsanna Jakab et le directeur du programme de santé et migration Santino Severoni dans la préface du document, publié mercredi.
L’organisme a colligé des analyses regroupant plus de 17 millions de participants dans 16 pays pour tenter de dresser un portrait global de la situation, déplorant toutefois des données incomplètes pour bien comprendre les problèmes spécifiques touchant les migrants et les réfugiés – et les solutions possibles.
Bien sûr, toutes les situations ne sont pas équivalentes : les installations sanitaires inadéquates dans un camp causent plus de risques à la santé des réfugiés qu’un accès facile à l’eau potable dans un appartement. Mais les défis ne se limitent pas aux pays moins nantis.
Détentions dénoncées
L’OMS dénonce notamment le « phénomène mondial croissant » de détention des ressortissants étrangers pour des raisons liées à l’immigration ou à l’asile. « On a beaucoup écrit sur les effets délétères de la détention dans les pays qui ne limitent pas la durée de la détention, notamment l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis », peut-on lire dans le rapport. Il souligne aussi l’« échec » de centres de détention à fournir des soins de santé adéquats, en notant les « nombreux rapports détaillant les morts, les suicides et les autres cas d’automutilation ».
Les problèmes vécus par les populations locales – que ce soit les difficultés d’accès aux soins de santé, les coûts, les emplois précaires ou des logements non convenables – sont souvent exacerbés pour les migrants et les réfugiés. Leur statut socioéconomique, la discrimination et des barrières linguistiques et culturelles ajoutent une couche de défi.
Solution
La solution doit être politique, a dit le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus en conférence de presse mercredi.
Une action urgente qui pourrait être prise rapidement un peu partout est le dépistage systématique des conditions physiques et mentales des nouveaux arrivants, a ajouté le Dr Waheed Arian, un médecin anglais et activiste invité à s’adresser aux médias. « Ne pas attendre qu’ils soient en situation de crise, où ils s’automutilent ou font une crise cardiaque ou ont un autre problème, a-t-il expliqué. Et que nous soyons obligés de ramasser les dégâts aux urgences, ce qui mène à une surcharge du système de santé parce que nous n’avons pas fait le travail correctement dès le début. »
Né en Afghanistan, lui-même a vécu les problèmes de santé liés à la fuite de sa famille pour échapper aux bombes. Le froid, la faim et la toux persistante. La traversée dangereuse à dos d’ânes et de chevaux sur une route vers le Pakistan, menacés par les attaques. La famille entassée dans la tente d’un camp de réfugiés sous un soleil de plomb, où la transmission de tuberculose et de malaria était élevée. Le retour au pays, de nouveau secoué par la violence. Son départ, à 15 ans, seul, vers le Royaume-Uni. Les troubles de stress post-traumatiques. « Même si nous étions à l’abri des bombes, nous n’étions pas en sécurité physiquement, nous n’étions pas en sécurité socialement, nous n’étions pas en sécurité mentalement », a-t-il illustré.
Tendances
Des tendances en matière de migration laissent également entrevoir des défis pour les pays d’accueil pour traiter la santé des nouveaux arrivants.
Si des longs déplacements demandent une certaine forme physique, pour faire face aux dangers de la traversée, le nombre de personnes de plus de 50 ans déplacées par des crises humanitaires augmente rapidement. Or, « l’impact et les besoins des personnes âgées déplacées de force par des évènements catastrophiques sont peu connus, mais les preuves montrent que les personnes âgées sont particulièrement exposées à de telles crises à travers une variété de déterminants », lit-on.
Les pays d’accueil devront aussi s’adapter aux migrations liées aux changements climatiques et aux désastres naturels, qui risquent aussi de s’accroître. Selon le rapport, en 2020, 76 % des déplacés à l’intérieur même de leur pays, soit 30,7 millions de personnes, ont dû fuir en raison de désastres causés par les conditions météorologiques. Or, ces cataclysmes peuvent avoir un effet direct sur la santé physique et mentale des personnes qui la subissent.
Santé mentale
Le rapport aborde d’ailleurs l’état psychologique et note que, selon les expériences vécues, la prévalence de la dépression et de l’anxiété « peut être » plus élevée chez les réfugiées et les migrants que dans la population du pays d’accueil.
Une étude parmi les réfugiés syriens montre que les taux de détresse psychologique due à la quarantaine de la COVID-19 étaient plus élevés parmi eux que dans le reste de la population.
La COVID-19 a d’ailleurs mis en lumière les risques pour la santé qui découlent de la situation précaire de nombreux migrants et réfugiés, notamment des habitations trop densément peuplées ou des emplois les exposant davantage.
La violence fait aussi partie de l’expérience de nombre de personnes déplacées. Au long du chemin pour atteindre leur destination ou dans leur pays d’accueil, de nombreuses femmes et les filles peuvent être victimes d’agressions sexuelles. Les hommes et les garçons sont aussi exposés à des coups, et les cas d’agressions sexuelles seraient vraisemblablement peu rapportés en raison de stigmatismes culturels et sociaux.