Des bénévoles aident à accueillir des milliers de ressortissants ukrainiens à Ottawa

Source : 
Radio-Canada

Radio-Canada 10 juin 2022

Il est estimé qu'environ 3200 personnes ayant fui l’invasion russe en Ukraine ont choisi de venir à Ottawa depuis le début de la guerre. Pour aider à accueillir cette vague soudaine de nouveaux arrivants, des organismes et des groupes de bénévoles mettent la main à la pâte dans des circonstances uniques.

Le groupe Réfugié 613, formé en 2015 pour aider à l'accueil de réfugiés syriens, aide maintenant à coordonner les efforts pour accueillir les Ukrainiens, notamment pour la recherche d’un endroit sûr où se loger, l’obtention de cartes d’assurance-maladie, l’ouverture d'un compte bancaire et l’inscription des enfants à l’école.

Nous construisons la route pendant que nous sommes en train de conduire dessus, illustre la directrice de Réfugié 613, Louisa Taylor.

Parfois, les familles, souvent des mères voyageant seules avec des enfants ou des parents âgés, arrivent avec peu de préavis. C’est incroyablement chaotique, s’exclame Mme Taylor.

Si la plupart des Syriens sont arrivés au Canada à titre de réfugiés, pris en charge par le gouvernement ou parrainés par le secteur privé avec un accès immédiat à un logement et à d’autres services essentiels, la situation est différente pour les Ukrainiens.

Les Ukrainiens arrivent plutôt dans le cadre d’un programme de résidence temporaire spécialement conçu appelé Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU), en vertu duquel ils peuvent vivre, travailler et étudier au Canada jusqu’à trois ans. Mais une fois qu’ils ont atterri, ils sont en grande partie laissés à eux-mêmes.

Selon un sondage mené par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada auprès des demandeurs de l’AVUCU, il est estimé que 3200 Ukrainiens sont déjà arrivés à Ottawa et que jusqu’à 12 500 pourraient s'ajouter d’ici le 30 décembre.

Cependant, Louisa Taylor affirme que personne ne sait vraiment combien de personnes ayant fui l’Ukraine sont déjà ici ni combien d’autres s’en viennent. Ce que nous savons, c’est qu’il y a déjà beaucoup d’Ukrainiens arrivés ici et que d’autres viendront, et que nous ne sommes pas prêts, lance-t-elle.

Offrir de l’aide par l’entremise des réseaux sociaux

Au moment où la guerre a éclaté en Ukraine, des groupes Facebook pour venir en soutien aux Ukrainiens ont commencé à faire leur apparition sur le réseau social. L’un d’entre eux est le Ukrainian Settlement Helpers Ottawa (USHO), fondé par Rachel Horsley.

Le groupe formé de bénévoles a obtenu le statut d’organisme sans but lucratif la semaine dernière. Il compte désormais plus de 4400 membres et a aidé à faciliter près de 200 rencontres entre des hôtes de la région d’Ottawa et des invités de l’Ukraine, soit l’équivalent de quelque 10 000 nuitées d’hébergement, selon le groupe.

En plus de trouver un logement temporaire pour les nouveaux arrivants, les bénévoles de USHO les accueillent à l’aéroport et les transportent à leurs rendez-vous. Il y a des pique-niques, des visites à pied et des camps d’été gratuits pour les enfants ukrainiens.

Le groupe a également recueilli des milliers de dollars pour acheter des billets d’avion au Canada aux Ukrainiens qui ont tout perdu.

L’administratrice du groupe - et amie de la fondatrice du groupe -, Sophie Hargest, estime que USHO a été en mesure de combler une lacune laissée par certains organismes plus établis qui continuent d'aider les vagues précédentes de réfugiés tout en offrant leurs ressources et leur expertise au réseau de groupes qui aident les Ukrainiens. Nous sommes un petit groupe de bénévoles, alors nous pouvons être agiles, dit-elle.

La vérification des hôtes et des employeurs

Au cours des dernières semaines, USHO a commencé à migrer vers un processus plus formel, selon Mme Hargest, notamment en formant des bénévoles pour effectuer des visites à domicile et des entrevues de premier contact, de même qu’en établissant des ententes formelles entre les hôtes et les invités.

Ce qui nous préoccupe le plus, c’est que les gens entrent dans des maisons qui ne sont pas vérifiées, soulève Sophie Hargest. Nous nous considérons comme un groupe sécuritaire et nous devons prendre des mesures pour nous assurer que c’est le cas, ajoute l'administratrice de USHO.

La directrice de Réfugié 613, Louisa Taylor, affirme être au courant de quelques cas où des invités ont dû être retirés de leur maison d’accueil, car ils ne s'y sentaient pas en sécurité.

Bon nombre de ces hôtes n’ont fait l’objet d’aucune vérification. [USHO] fait de son mieux pour créer le meilleur processus d’autojumelage, mais ils sont les premiers à admettre que ce n’est pas infaillible, souligne Mme Taylor.

Une autre préoccupation émergente est celle de détecter les risques parmi des employeurs potentiels, indique Sophie Hargest, car, malgré les bonnes nouvelles d’entreprises locales qui embauchent des Ukrainiens quelques jours après leur arrivée, il y a aussi eu des situations plus douteuses.

Les gens parlent en fait de créer des agences de placement par l’entremise de ce groupe, sans comprendre que ce qu’ils font, c’est de la traite des personnes, poursuit-elle.

Réfugié 613 joue le rôle de bon berger, aidant à la fois les groupes de bénévoles et les organismes d’établissement à coordonner et à partager leurs connaissances et leurs ressources. Ils trouvent leur chemin ensemble, mais rien de tout cela n’est idéal, selon sa directrice Louisa Taylor.

Mais c’est ce qui se passe parce que le gouvernement fédéral n’est pas encore intervenu, et la Ville ne le fait certainement pas. Les gens ne veulent pas que ce soit le résultat, mais c’est là où nous en sommes, avance Mme Taylor.

De son côté, le groupe USHO, qui dit n’avoir reçu aucun financement pour son travail, recueille maintenant des dons pour créer une base de données qui pourrait aider à déterminer non seulement le nombre réel d’Ukrainiens déplacés à Ottawa, mais aussi les endroits où les besoins en ressources sont les plus grands.