Méta-analyse : L’école favorise-t-elle vraiment les filles ?

Source : 
Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE)

 

Une étude, que des journalistes ont tôt fait d’analyser, est récemment parue sur le taux de diplomation des élèves canadiens. Il en est ressorti un élément troublant : « ce n’est qu’au Québec que l’écart entre [la diplomation] des garçons et des filles est important ». Cet écart de réussite entre les filles et les garçons n’est pas nouveau, les chercheurs en éducation tentent de l’expliquer depuis longtemps. Peut-on aujourd’hui quantifier cette différence de résultats scolaires?  

C’est à cette question que se sont attaqués Daniel Voyer et Susan Voyer de l’Université du Nouveau-Brunswick en publiant une méta-analyse intitulée « Gender Differences in Scholastic Achievement  » et publiée dans Psychological Bulletin, un des périodiques de l’American Psychological Association.

Les deux chercheurs ont procédé à une méta-analyse de plus d’une centaine de recherches qui leur a permis d’étudier méthodiquement les résultats scolaires de plusieurs milliers d’élèves. Le traitement de ces données leur a ensuite permis de déterminer l’existence d’une différence de genre dans la réussite scolaire et les facteurs qui l’influencent.

Dans leur article, les chercheurs utilisent le terme avantage féminin pour désigner les résultats des filles qui sont systématiquement meilleurs que ceux des garçons.

Résultats

Voici, en sept points, un condensé des résultats d’analyse :

  1. L’avantage féminin dans les résultats scolaires est significatif dans toutes les matières.

  2. L’avantage féminin est plus marqué en langues et moins marqué en mathématiques.

  3. L’écart entre les résultats des filles et des garçons est plus drastique au primaire et au secondaire qu’au cégep et à l’université.

  4. L’origine des élèves influence l’écart entre les filles et les garçons quant à leur réussite scolaire. Cet écart est à son plus bas pour les élèves issus des pays scandinaves, il augmente un peu en Amérique du Nord et encore plus dans le reste du monde.

  5. L’écart est moins significatif lorsqu’il y a plus de garçons que de filles dans la classe.

  6. Le type d’école (publique ou privée) et la méthode d’évaluation (pourcentages, lettres, évaluations standardisées) n’ont pas d’effet significatif sur l’écart fille-garçon.

  7. L’année de publication des études n’a pas d’impact sur l’écart entre les filles et les garçons.

"L’absence d’impact de l’année de publication démontre un avantage féminin stable dans le temps et permet de contredire les partisans d’une “récente crise des garçons” en matière de réussite scolaire."

[Pourquoi les filles réussissent-elles mieux que les garçons?]

Discussion

Les résultats présentés ci-dessus contredisent le stéréotype populaire voulant que les filles soient avantagées en langues tandis que les garçons seraient avantagés en mathématiques ou en sciences. Les chercheurs ont avancé plusieurs explications pour expliquer l’« avantage féminin » dans toutes les matières. En voici cinq :

  1. Le modèle « attentes-valeurs » montre que la motivation des élèves est attribuable à leurs attentes (espoirs de succès) et à la valeur qu’ils accordent à la tâche. Les garçons auraient donc possiblement moins d’attentes et accorderaient une valeur moindre aux différentes matières, ce qui réduirait leur motivation et leur investissement en temps et en énergie (efforts).

  2. Certains facteurs sociaux pourraient aussi expliquer l’écart filles-garçons. Les auteurs montrent que les filles reçoivent possiblement plus d’encouragements de la part de leurs parents que les garçons, sans compter le fait qu’elles tendent à valoriser davantage l’effort que ces derniers.

  3. Les stéréotypes peuvent aussi affecter l’écart entre les filles et les garçons. Par exemple, on peut transmettre aux garçons l’idée, la croyance que les filles réussissent mieux à l’école qu’eux. Cette croyance affecterait négativement, chez les garçons, leurs attentes de succès et entraînerait des efforts moindres ainsi qu’un manque de persévérance scolaire.

[Les filles en français et les garçons en maths]

  1. La différence entre les styles d’apprentissage peut aussi avoir des conséquences positives concernant la réussite scolaire des filles ou l’« avantage féminin ». En effet, plusieurs études montrent que les filles ont tendance à axer leur travail et leurs efforts sur la maîtrise, reliée à de meilleurs résultats, tandis que les garçons axeraient leur travail sur la performance.

[Réflexion sur les styles d’apprentissage]

  1. La dernière hypothèse avancée par les chercheurs concerne les facteurs biologiques. Ces derniers prédisposeraient les filles à une capacité d’attention et à un tempérament mieux adaptés à l’environnement scolaire, ce qui se traduirait pour elles par de meilleurs résultats scolaires que ceux des garçons.

[L’inattention : meilleur facteur pour prédire l’échec scolaire]

La méta-analyse effectuée par les Voyer confirme donc que les filles ont un net avantage sur les garçons dans toutes les matières, d’une part, mais que cet avantage tend à diminuer au cégep et à l’université, d’autre part.

Comprendre les facteurs qui contribuent à creuser l’écart entre filles et garçons quant à leur réussite scolaire peut permettre aux enseignants et aux intervenants scolaires de modifier leurs pratiques et l’environnement d’apprentissage pour aider les garçons et combler cet écart.

[Consulter l’article]

Références :

Nadeau, J. (2018, 2 mai). Le Québec, dernier de classe. Le Devoir, section « Société ». Repéré à www.ledevoir.com/societe/526670/decrochage-scolaire-le-quebec-fait-mauvaise-figure

Tyre, P. (2006, 29 janvier). Education: Boys falling behind girls in many areas. Newsweek. Repéré à www.newsweek.com/education-boys-falling-behind-girls-many-areas-108593

Voyer, D. et Voyer, S. D. (2014). Gender Differences in Scholastic Achievement: A Meta-AnalysisPsychological Bulletin140(4), p. 1174-1204. Repéré à https://pdfs.semanticscholar.org/d560/c3c8cfe5a105a32de42bf8ea2989058213a7.pdf